samedi 23 janvier 2010

La vache de Noël

La vache flottait entre ciel et terre. On aurait pu croire à un rêve. Mais je ne rêvais pas. J’avais bu un peu de punch de noël, de la vieille recette de ma grand-mère, mais pas assez pour expliquer pareille hallucination. Personne n’était avec moi donc je n’ai aucun témoin. Mon chat ne parle pas et mon poisson ange non plus. Le poisson en fait, était beaucoup trop loin pour avoir vu quoi que ce soit.

J’habite seule dans la belle maison de mes arrières grands-parents. Et je passe là, une bonne partie de l’hiver à écrire de la poésie au beau milieu des grands pins et de cèdres du Liban. Cette nuit là, le paysage était tout à fait féerique. C’est le son de clochettes qui m’a d’abord intrigué, puis attirés vers la fenêtre. C’est en jetant un petit regard furtif dehors que je vis un ours blanc attelé à quelque chose qui ressemblait à étrangement à un chariot de père Noël. Je m’étirais un peu plus pour deviner la silhouette d’un pingouin et d’un loup. Je me cachais subitement sous la fenêtre, terrorisé. Ce n’était pas une vision. C’était vrai. Mon cœur battant la chamade.

De petits lutins, ressemblant plus à des marionnettes qu’autres choses s’activaient autour du chariot qui flottait dans l’air glacé au clair de lune. Je n’osais pas sortir. C’était comme si, confirmer la réalité de cette histoire ne ferait que renforcer l’idée de ma folie légendaire… pourtant en m’étirant un peu, je parviens à voir un gros monsieur en habit rouge. Il portait sur la tête une tuque des canadiens de Montréal et de grosses lunettes noires comme celles que mon père portait au cours des années 1970. Il portait la barbe blanche traditionnelle et semblait avoir la générosité et le bonheur dans les yeux de ceux qui font du bien, comme on nous l’a conté. Le père Noël existait donc. Et toute ma vie, je n’y avais pas cru.

J’avais cessé d’y croire, le jour ou notre professeur de maternelle nous avait annoncé solennellement le décès de ce grand personnage. Ce matin là, je me suis juré ne plus croire à autre chose que ce que mes yeux et mon cœur voyais. Et à ce moment, je le voyais, là, vivant sous mes yeux! Je ne savais pas trop quoi faire. Appeler la police, les journaux, la télévision. Le père Noël vivait pour vrai! Là, j’en était sûre!!

Sur son traîneau, il y avais des phares semblables à celles des voitures, rouges, derrière et blanches devant. Le chariot était fait d’un genre de carrosserie qui semblait sortir d’un concessionnaire automobile… toute rouge avec du chrome brillant plus que milles étoiles et de glaçons… Des comètes de lumières semblaient voler de partout. J’aurais voulu, que mon frère et ma sœur soient avec moi! Et ma grand-mère, surtout! Celle qui m’a transmis l’amour de la féerie…

La vache avait réussis à coincer son attelage dans les branches de la tête d’un grand pin. Le père Noël avait l’air bien désolé. Il se mit à parler tout bas à la vache et la quitta avec son grand chariot, suivit d’une longue traînée de poussière d’étoiles.

Elle resta là une bonne dizaine de minutes sans broncher. Elle semblait être en train de méditer, flottant comme par magie. Elle ne beuglait plus. Ne voulant rien manquer, j’ouvrais les yeux plus grands qu’ils ne l’avaient jamais été de toute ma vie. Je continuer à chercher à qui raconter cette histoire incroyable, qui me croirait sans me traiter de folle!

Puis, des grands sapins, sortirent des centaines de petits Elfes qui passèrent devant le chalet pour grimper acrobatiquement dans les arbres entourant le pin de la vache. Ils montèrent silencieusement et se mirent à détacher soigneusement et patiemment le nœud fait dans l’enchevêtrement de la corde et des branches de pin. Certains, soutenaient la vache comme pour l’aider.

En quelques minutes, la vache fut libéré et lâcha un immense beuglement. Elle était très heureuse. Et je l’étais aussi. Je restai là, appuyé sur le rebord de la fenêtre à les regarder s’éloigner sous le clair de lune, complètement impuissante, totalement émerveillé.

Un air joyeux de Noël me revenait à l’esprit. « …La magie en nous grandit, la magie, la magie! Vive la magie de Noël! ». Je me sentais comme quand j’avais 6 ou 7 ans. Je me souvins alors d’une histoire où l’on racontait que le père Noël saupoudrait de poussière d’étoiles magiques les enfants ou les adultes qui l’avaient vus pour que toute trace de leur rencontre disparaissent à jamais. Peut-être le père Noël m’avait simplement oublié. Ou peut-être voulait il que je le raconte… Toutes les façons sont bonnes pour transmettre la magie de Noël.

2005

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