lundi 18 janvier 2010

Bord de terre


Poésie entachée de silence rance. Encre de sang sur un plateau d’argent. J’écris pour entacher le fond de mon âme de sons, d’espoirs, de temps frigorifiés sans appel. J’écris tout ce qui me passe par la tête. La mouche noire athée qui m’interpelle. Le son du clique vent, qui me cause trop de tourment. La terre-ballon qui m’échappe. Le saxophone qui me happe. La fleur mauve de l’aventure liquide et ombragée qui m’occulte. J’écris pour abasourdir le doute qui m’interpelle. L’abondance immense de temps, le trop peu d’amertume. Les chants d’oiseaux que j’hume en écoutant au loin, le parfum de l’inspiration. Aquarelle et café. Vent qui souffle sur mon corps abstrait. Je m’étire, je m’étiole, je fumerole, je dégringole, je dégouline de poésie en sourdine. Rocher de pardon. Poésie de lardon. Violon qui flotte sur la mer d’Esclapion. Lâche apprêté. Je grignote des vers et les rassemble de travers à la cadence des mouches à feu, comme des demis dieux. Brasero éclaboussé, entre la montagne et la mer. Moi je peins à contre courant. Calmars frits. Mer des trépassés. Je marche à pied. J’écris sur les feuilles d’automnes un air monotone, sur le bois délavé mes poussières reposées, sur les rochers immobiles mon monologue volubile, pour ne pas oublier, pour toujours me rappeler de ce temps que l’on appellera un jour « avant ». J’écris ce qui transpire de mon âme. J’apprivoise l’abîme, comme une flamme qui danse sous la pluie. Je fantasme de plaisir au futur qui m’attend.
Même si je ne faisait rien de bon avec cette écriture qui m’éprend, je me sent tellement riche de simplement l’utiliser pour le plaisir de vivre les mots qui sortent de moi comme des œufs de poules contenant chacun d’eux, un tout, un univers, un monde, un néant. L’écriture rempli pour moi une fonction tellement grandiose, une mission qui me rend pleine et belle en dedans.
L’écriture est mon bord de terre quand je vis dans la mer de l’inconnu, profonde et noire de mon inconscient. C’est ma solidité, mon île dans ce liquide si immense, qui me balance au gré des couleurs de miels et d’arc en ciels. Mon écriture est le témoins de ma voix, de mon langage, de mon intérieur, mon moi, ma rigueur. Elle me ramène à moi-même, à mon vrai et fragile, tout petit moi. Dans l’immensité de l’océan du potentiel de l’humanité en puissance, des possibilités inexplorées, mon cœur en vacance « nageotte » et tousse parfois.
Une brassée par ci, une brassée par là, l’écriture me fait certainement vivre le doute, à l’occasion, mais me fait surtout vivre la certitude de l’ici et maintenant. La certitude de ma bonté à moi, de mon intention, de ma volonté.
À la cime de mon arbre, tout es calme. Je couche sur le papier blanchit au javellisant, le chapelet de mes futiles idées, le fruit de mes pensées perforées, en pensant au flot de mes nuits comme une grande rivière qui rit de lumière. Saumonée, affectueuse. Elle rigole dans les prés, dans la forêt, sous les cerisiers. Elle fuit tout ce qui es gris. Elle cherche le vert prospère. Elle cherche la mer. Le vent qui coule dans mes veines me reconnaît à peine. Il souffle et crie au silence. Il mime mon absence. Il pécule, il exégète, il met tout en miettes. Sous le ciel bleu, parsemé de cotton. J’écris pour imprimer dans ma tête en grosses lettres bien noircies, que c’est très important, qu’il ne faut pas que j’arrête. J’écris très certainement pour combattre l’oubli.

Aucun commentaire: