Mon écriture bouillonne dans mes artères, martèle ma tête, sculpte mon cœur! Je ne reviendrais plus ici! Plus jamais! Je
crée ce que je crois et je crois ce que je crée! Satanée Salomon! Il m’a déboutonné l’âme! Je ne sais plus à quels saints me vouer. J’aurais pu y mettre mes dents. J’aurais pu y mettre ma sauce. J’ai refusé. Il a le don de me mettre en rogne, ce mec! Ohh!! Je dois écrire, je dois écrire!!
Aujourd’hui, Simon est
passé à côté de moi, dans le
corridor noir. Il ne m’a même pas vu. Où, il a fait comme si. Pourtant, je suis facile à voir avec mon gros ventre et mes milles petites
pattes velues. Mon
gros ventre, il contient la terre, la terre entière,
la terre lumière. La
terre mère. La
mer avec toutes ses obscénités. Mon ventre, il me fait voler, plus haut que les
nuages. Mon ventre est comme un ballon de plage, léger
et rond, comme un dirigeable qui se dirige vers le diable et pique finalement
dans le sable.
Mon ventre. Mon bébé. Simon c’t’un con! J’aurais aimé lui dire en pleine
face, lui dire sur toute sa surface, de la tête
aux talons, que c’t’un con! Il l’a poussé,
Zet. J’l’ai vu, il l’a poussé à bout portant. Il l’a poussé du
bout du quai. On a appelé ça un suicide. Que
le monde ne comprend pas. Un suicide, c’est
quand on abandonne la vie, pour embrasse la mort… Zet est tombée
dedans!! C’t’un accident! Elle ne voulait pas mourir. Elle était déjà morte par en dedans. Ça ne se voyait pas
trop. Mais moi je le savais. Simon, s’t’un con! Un
con la queue en
l’air prêt à tout faire!!
Un cornichon. Et moi qui porte en
moi, un morceau de lui. Mais faut que j’fasse
ça pour Zet.
Faut que j’résiste!
Faut pas que je capitule. Faut pas que j’me
laisse pousser. Parce qu’il me pousse moi aussi… à Bout… Il passe à côté de moi comme si j’étais la 342ème brique… Celle du bas du mur
nord-est, à l’ombre. Le mur qu’on ne voit pas. Je
ne suis plus rien pour lui. Pourtant, j’ai un morceau de lui dans mon
ventre. Ce morceau
m’appartient maintenant. Il le saura jamais,
sauf quand on s’ra vraiment vieux. Là, p’t’être que j’y dirais que
ce beau grand homme qui aura sauvé la terre de tous ses
péchés, que c’est son fils.
Ça vient de lui.
Toute cette beauté vient de lui! Ça, ça va l’tuer! Il
peut pas supporter
le bonheur, la beauté, la
bonté. Mais j’vais lui dire
juste quand le fils sera inaccessible, indifférent,
dans un lointain firmament. Moi aussi, j’vais
l’pousser comme il a poussé Zet.
Personne ne le sait. Personne ne s’en doute mais moi je l’ai vu. Zet était
pas la fille la plus heureuse mais ce n’était pas la plus malheureuse non plus. Pas au point de se jeter devant…. Oh! Un coup de pied! Hé! Bébé! T’as une opinion toi aussi! Mais j’l’ai vu, j’te dis! Il
l’a poussé. Il a mis sa main sur sa taille. Sa petite taille de guêpe et elle est tombée
dans le nid, poussée par Simon.
Tout l’monde a cru au suicide. Tout l’monde a cru
Simon quand il a dit vouloir l’empêcher. Simon c’t’un con! C’t’un ras de marrée de méchanceté. Il l’a poussé Zet. Elle ne voulait pas mourir. Je l’sais elle me l’a dit! Simon c’t’un con!
Heureusement, ces
temps-ci, je pense qu’à Salomon. Salomon c’est son ami, mais quand il me caresse
subtilement de ses poésies, je perds mes
moyens, je perds mes défenses. J’oublie de dire non. En fait je dis oui! Salomon c’t’un poète. Un poète de l’an 3010, qu’y
disent. Un poète
de la liberté. Sa bouche occupée à m’embrasser, parle pas… du
moins, pas en mots comme on est habitués d’entendre… mais elle fait de gros dégâts… pendant que son âme
m’enlace de strophe et de para strophes mon corps se déshabille
et s’étend. En quelques secondes, je suis couché, nue et je ne peux plus rien contrôler. Ça c’est Salomon.
C’t’un poète.
C’t’un artiste de la pensée. Et je l’aime comme j’ai jamais aimé
personne. Même pas moi. S’il accepte, ce sera le papa de Zoro… Mon bébé. On fera l’amour à cent milles lieux à la
ronde. Je ne mourrais jamais
les pieds gelés, le cœur
tout réchauffé et je
ne l’aimerai jamais trop. C’est bien écrit en gros dans mon cerveau!
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